Les écritures d'un nouveau monde

- VORTEX - Intégration 1

Depuis son village natal et bien avant cette étude des rouages de la nature humaine, Aventura, sans le savoir, prend peu à peu conscience de ces fondements. Plus que jamais, ce combat entre les différentes personnalités qui se manifestent au sein de son appareil cognitif altère l’objectivité de son discernement. Le tout s’étant renforcé avec le temps, un malaise inconscient ralentit sa progression.                                                                                                                                             Cependant, malgré ce vacillement de la pensée, David désire désormais se hisser jusqu’à un stade marquant l’alliance constante au bien-être. De sorte qu’au détriment d’une circonstance désobligeante qui compliquerait à nouveau sa vie, cette matrice du Moi, dorénavant affranchie, ne s’accaparerait plus indéfiniment l’interface de l’esprit. Celui qui ne rêve pas n’est pas. De fil en aiguille, cet aspect trompeur, qui désoriente malgré tout le plus sage des initiés, tout en enclenchant un défaitisme porteur de valeurs dépréciées, cesserait son activité si dévastatrice pour la réalisation de la psyché. C’est ainsi que de ses faux-pas successifs agressant les trop rares moments de quiétude, ce chercheur de lumière brigue à présent l’accès à un fort renversement d’attitude. Avec foi et vigueur David ambitionne de rallonger ce contact à la félicité*, duquel s’établit un état à partir duquel tout devient clarté.

             Dès lors, muni du secret espoir d’éliminer les pulsions passées qui remontent à la surface, Aventura va donc essayer de faire face. Compte tenu de la perspective stimulante que cette vision lui procure, sa vie va prendre l’image d’une bascule. Son lieu d’existence actuel ne correspondant plus au besoin d’évolution inscrit dans ses gènes, David va tenter alors de dépasser avec flegme, ces visions d’un empire financier qui d’ores et déjà le dédaigne. Le tout fomenté par un mental décuplé, les initiatives incohérentes qu’il a semées pourraient-elles vraiment s’annuler ?... C’est bizarre mais la plupart de son relationnel l’exaspère et ses préoccupations financières d’hier passent aujourd’hui au second plan. Vu l’extravagance de ses actes, reflet d’une séparation sentimentale assurément délicate, le discours intérieur s’avère si néfaste, que la sérénité, à laquelle tout à chacun aspire, résonne comme un vain mot impossible à dire.

Alors il prend son courage à deux mains. Malgré les cataclysmes familiaux fraichement provoqués, revoir une dernière fois sa dulcinée pourrait à coup sûr lui permettre de clarifier la situation fâcheuse dans laquelle il s’est enfoncé. Depuis son accablement entrelacé des images d’une séparation désobligeante, survenue le jour même de fiançailles abracadabrantes, son espoir équivaut à racheter sa conduite insignifiante. Comment a-t-il pu en arriver là ? Pourquoi, et ce devant un parterre de sommités représentant le gratin de la bourgeoisie locale, ce jeune homme s’est-il fermé les portes de l’ascension sociale ?...             

Le téléphone, moyen beaucoup trop mesquin, et puis de toute façon elle aurait raccroché, ce chercheur d’un autre chose prend donc la résolution d’intercepter son ex-petite amie à la sortie de son job. Effectivement, Joana exerce une activité de clerc de notaire en plein cœur de la ville de Berre l’Etang, dans les Bouches du Rhône. Pour le compte de l’étude notariale la plus reconnue dans la région, où se traite les demandes d’actes en tout genre affluant bien au-delà de la Provence, cette brune sulfureuse dirige d’une poigne de fer la section immobilière.  

Allez, le mardi tout est permis ! Avec comme point de départ son nid douillet de La Fare les Oliviers, David décide de surpasser les déboires survenus une semaine auparavant. Désormais dans l’allée bordée de peupliers de cette prolifique affaire de père en fils, une idée le fait se raviser. Afin de ne point être repéré et disjoncté par l’un des employés du cabinet, il prend soin de ranger sa Yamaha 850 cm3 à l’extérieur de l’enceinte aux berlines suréquipées. Un boulevard agrémenté d’énormes platanes longe les quelques cinq cent mètres carrés du complexe rénové depuis peu. La mairie toute proche, dans son éloquente blancheur, représente le point central de ce chef-lieu .                                                                                           

Malgré la fin de l’été, une fraicheur relative ravit l’étang d’eau salé le plus grand d’Europe. Emmitouflé dans une large parka beige, Aventura ne peut calmer l’effluve de ses pensées. Mettons-nous à sa place. A de très nombreuses reprises, sa double activité d’analyste financier et d’agent immobilier l’a conduit jusque dans ces beaux quartiers. Un tableau à l’entrée de l’étude le mentionne comme premier apporteur d’affaire de l’année.

Tout en détachant la sangle de son casque, ce garçon accaparé par la tournure des évènements attache du new man à l’arbre son bicylindre. La buée qui recouvre l’ensemble de la visière s’amenuise ; ce qui l’oblige à revenir à l’objet de sa venue. Aventura, après l’avoir enlevé, range alors sa tenue de motard dans le porte bagage ajusté au pare-boue arrière. Le mistral, ce vent de nord qui débouche de la vallée du Rhône, s’atténue. De ses premières foulées alertes devant l’étude, subitement se bloque son attitude. Eh oui ! David n’y échappe pas… A la vue du cabriolet toutes options offert à son ancienne dulcinée, le cœur s’emballe et fait vaciller ses jambes généreusement musclées. Dans un manque d’oxygénation caractéristique d’une phase de stress, il franchit en définitive le portail d’étain forgé en S. Un pin massif avoisine un immense platane. Les graviers crépitent sous ses pas. Malgré son flegme apparent, la recrudescence des palpitations cardiaques qui tapent au niveau des tempes se renforcent. Cette tension englobe aussitôt toute les fonctions de son psychisme*, pour finir par ériger une poussée émotionnelle instinctive.                                                                                                                                - Allez garçon ! Tu ne vas pas renoncer. Pourvu que je ne croise personne… Pas grave, allez inspire, expire ; inspir par l’abdomen, expir par le cœur.                                      

Désormais, le sas coulissant de l’entrée se présente. La porte comme d’habitude s’ouvre brutalement. Ce fou furieux regarde alors machinalement sa montre. Celle-ci mentionne 18 h 30 et malgré le mois d’août avancé, la clarté du jour bat son plein.             

Une ombre le rattrape. Un homme d’une cinquant   e d’année quitte les somptueux locaux aménagés en hacienda. Ouf ! Ce n’est que le dernier client de la journée. Dorénavant positionnée face au bureau d’accueil, une standardiste recourbée sur son téléphone se distingue dans l’enchevêtrement des répliques de Pablo Picasso. Distinguant des chaussures poindre dans son angle de vision, Odile la blonde voluptueuse hausse machinalement la tête. Surprise ! Que vient faire ici cette énergumène ?... Un discours intérieur s’initie, et bien que cette aguichante trentenaire soit occupée à répondre, elle ne peut s’empêcher :                                                                                                                              - Ce malappris exécute verbalement mon amie Jo devant pas moins de deux cent personnes et il a encore le toupet de pointer le bout de son nez.                                                         

La prunelle des yeux de cette secrétaire d’accueil se noircissent davantage. David, compte tenu d’une situation qui lui échappe, décide en parallèle de suspendre la discrimination montante. Sans attendre la fin de l’entretien, il file droit vers son destin. Un : ‘’Que puis-je monsieur’’ siffle dans le couloir ; notre homme ne répond pas. Un zigzag dans les larges couloirs le conduit devant le bureau de son ex. Malgré tout une hésitation stoppe sa course :                                                                                                  - Mais que fais-je ici ? Que m’a-t-il pris, depuis notre épopée malgache, d’écouter Anna ma confidente ? Cette personne, à qui je dois en grande partie la prise de cette décision, a-t-elle la science infuse ? Dois-je vraiment écouter les conseils d’une fille que je connais à peine finalement ?...                                                                                                                                

Sur le point de tourner les talons, sa main se pause simultanément sur la poignée de la porte. Par l’action David quitte ainsi les plans machiavéliques du mental, qui, dans sa vampirisation systématique de toute prise de position, renforce son influence trompeuse. Aussi dans la foulée, l’imposante structure en merisier s’entrebâille :                                                                                                                  - Bonsoir Joana Amato !                                                                                                                - Non ! Je ne le crois pas ! Marque cette dernière éberluée. Sortant sans coup férir de la réflexion que lui demande la préparation de l’acte de vente posé sur son bureau, son large chemisier Channel galbe une poitrine avantageuse.                                                                                                                  - Quel culot tu as ! Sort immédiatement ou j’appelle la sécurité…                                       

Dans la foulée, suite à des enjambées caractéristiques d’une athlète sauteuse de haies, la standardiste pointe le bout de son nez.                                                                                            - Eh toi Odile… Décidément on rentre dans cet office comme dans un moulin !                                                                                                                                     - Désolé madame. J’étais au téléphone et Mr Aventura n’a pas daigné s’arrêter au secrétariat.                                                                                                                               - Jo calme-toi ! D’un, tu oublies que je suis ici un peu comme chez moi. De deux, il n’y a jamais eu de sécurité dans cet établissement. Merci Odile… J’en ai pour deux minutes.    La secrétaire sous l’aval du clerc se retire. Dans son dos, désormais assis dans l’un des quatre confortables sièges en bois de palissandre, l’inquisiteur enchaîne :                                                                                                                                        - Voilà très chère. Je voulais simplement que tu saches que je regrette sincèrement le mal que je t’afflige. Ce que j’ai revendiqué lors de nos fiançailles n’était nullement préparé à l’avance. Une fois sur scène cela a été plus fort que moi : le cœur a parlé ! Que tu croies ou non à la singularité de toutes ces choses qui nous divisent, désormais nous ne sommes plus sur la même longueur d’onde. Cette vie de petit bourgeois ne me sied plus ; besoin d’aventure, besoin d’évoluer…                                                                                - Oui comme d’habitude. Tout pour ta gueule et rien pour les autres ! Profère une Joana plus belliqueuse que jamais.                                                                                                                                 - Je t’en conjure. Ne rentrons pas dans une discussion stérile. Je ne cherche nullement à te convaincre mais simplement à t’avouer ma vérité. Je dois aller au bout d’une forte aspiration intérieure…                                                                                                                                - Tu veux que je te le dise franco. Tu es une véritable ordure ! Ton annonce de séparation lors de nos fiançailles, face de surcroît aux deux cents personnes Aixoise les plus éminentes dans le milieu des affaires !... C’est honteux ce que tu m’as fait. J’en serai à jamais affligée.                                                                                                                                     

A la sortie des trois dernières syllabes édictées, des sanglots ternissent son rimmel prononcé. Dans un apitoiement des plus réprobateurs, ce futur officier ministériel sans autre alternative craque. Pourtant, dans un dernier moment de lucidité, une fois réajustée sa longue chevelure permanentée, la rancœur à moitié retenue jusque là va s’exprimer. Depuis une farouche envie de riposter, cette belle italienne à la peau satinée révèle enfin par quelle entremise le mal dans le couple s’est immiscé :                                        - J’ai écouté ta vérité, voici maintenant la mienne ! Je n’étais pas seule dans les Caraïbes. Il y avait en effet ma cousine et une copine ; par contre Robert, mon ex-petit copain, nous a rejoint. Si tu savais les parties de jambes en l’air… Eh oui ! Je n’ai jamais interrompu cette liaison. Elle représentait tout simplement une véritable passion. Notre couple lui reposait plutôt sur une construction. La pierre de réunification entre deux familles, qui l’une par ses talents dans la construction garantissait l’éclosion de celle de la promotion. Ton père s’associant au mien, un empire en progression devait supplanter tous ceux fondés dans la région. De ce département jusqu’aux confins de la nation, l’accès individuel à la propriété d’habitation, reflet de la demande d’un marché en sans cesse évolution, aurait sonné le glas de toutes tes mystiques aspirations… La belle reprend du poil de la bête et peut donc clôturer. De toute façon, c’est trop tard. Ils le feront sans toi cet empire immobilier.                                                                                                              - Mais Jo...                             

Aventura resta scotché debout. Que venait faire ce Robert dans l’histoire ! Pourquoi avait-il fallu qu’elle choisisse cet avocat d’affaire qui régulièrement interférait dans leur couple ?! L’être humain ne récolte-il pas ce qu’il sème ?...                                                                                                     Et puis tout devint plus clair. David comprit simultanément pourquoi l’appel du cœur, vécu lors de ses vacances en territoire malgache, avait supplanté la raison. Le fait qu’il succombe au charme d’une somptueuse créature provenait en fait de son intuition. Depuis cette nuit inoubliable de liesse collective où il retint un maximum sa tentation, les charmes évocateurs de la somptueuse Zéliane à la peau de dauphin participèrent à amorcer sa rébellion. Désormais c’était scellé. Un principe directeur l’avait poussé à répliquer.                                                                                                     

Joana, toujours vexée malgré l’aveu, ne voulut plus rien savoir. Son statut de petite starlette de la bourgeoisie locale éventré, le soi-disant prestige qu’elle nourrissait se dérobait sous ses pieds. Dans un dernier regard assassin, elle formula une démoniaque envie. Réduire à néant celui qui avait brisé sa vie. Aussi, sans se faire prier, un Aventura douché à froid rebroussa ses pas. Regagnant sans s’attarder l’extérieur de l’enceinte, dans son angle de mire apparût le régent des lieux. Un grand couloir tapissé de velours blanc les séparait. Ce père de deux fils, qui déjà au sein de l’office lui succédaient, rejoignit prestement ce jeune homme que sa malice désappointait :                                                                 - Eh bien David ! Tu es bien le fils de ton père toi ! Que vas-tu devenir ?                                              - Bonsoir maître. Je viens de m’expliquer avec Joana. En aucun cas je ne tenais à lui causer du tracas. Je sais… J’ai peut-être poussé le bouchon un peu trop loin en annonçant aux yeux de tous ma reconversion dans l’hôtellerie. Par contre désormais je suis fixé. Rejoindre une contrée à la pointe de l’Afrique pour y monter un complexe de vacances découle essentiellement du renforcement de la petite voix intérieure couplée à la libération. Oui cela se confirme de jours en jours. Cet élan, qui m’insuffle le courage et la force nécessaire… Autant pour moi, mais je ne peux le retenir plus longtemps.                                                                                                                                                           - Bien, crois-moi que tout le monde connaît dorénavant Madagascar ! Ton incartade a fait le tour du milieu des affaires Aixois, ironisa le septuagénaire engoncé dans un complet marron foncé. Marquant sa profonde déception vis à vis du camouflé orchestré, une cravate multicolore trop serrée augmentait les plis de son cou mâchouillé. Conséquence d’une exposition au soleil répété depuis les longs week-ends sur son bateau de trente pieds, sa dégaine de pied-nickelé n’empêcha point ce maire d’une localité voisine de poursuivre son plaidoyer :                                                                                                             - Te rends-tu vraiment compte ?! Quitter la fille Amato et la manne financière qu’elle représente… Mon Dieu quel idiotie ! Et puis entre-nous soit dit David, moi qui connais ta famille depuis des lustres. Ton projet, il va durer quoi ? Un an, deux ans, et puis après…       

Il faut dire que ce représentant national du conseil supérieur du notariat connaissait la musique. Du haut de son vécu, fruit de ses quarante années d’expériences dans son cabinet, ou encore au sein de son équipe municipale, moult responsables économiques en manque de nouveauté accréditèrent cette même fuite des responsabilités. En effet, suite à des coups de tête intempestifs, ces hommes avaient quitté femmes et enfants, pour supplier par la suite son appui dans la reconquête des anciens attributs. Alors rasséréné par la teneur de ces différentes péripéties, cet illustre notaire décida d’employer une autre stratégie :                                                                                                                                  - La société de consommation va te manquer. Tu reviendras donc sans l’ombre d’un doute en Provence afin de reprendre illico presto du service. Alors sois un peu réaliste ! Avant d’être grillé pour ce futur proche, tourne les talons et va recoller les morceaux avec ta promise. Ecoute, je dois bien ça à ton père…                                                                                                                                                                        - Quoi ! Mon père ! Que vient-il faire dans notre discussion. Cet homme n’a jamais levé le petit doigt pour sa progéniture. Et là d’un seul coup, à la vue de ses projets de consortium immobilier qui s’envolent, il demande l’aide d’un officier public. Non mais je rêve ! Je vous rappelle Maître que vous êtes titulaire d'un office ministériel et dressez,  par la même, des actes ayant force authentique et exécutoire… Alors celle-là, elle m’en bouche un coin.                                                                                                                                                                           - David, ce n’est pas ce que tu crois ! Voilà le plan, pensait rétablir le maire désemparé par la vision exacte de ce rejeton. Une fois que tu auras consolé Joana et présenté des excuses à sa famille, je ferais passer le mot comme quoi toute cette comédie convient d’un simulacre organisé par l’étude. Avec comme résultante une publicité d’enfer pour mes deux successeurs de fils, je participerais ainsi à recoller un couple promis à une grande carrière d’affairiste.                                                                                                     - Maître Vantardi… Avec tout le respect que je vous dois. Vous rendez-vous compte de la portée de vos calculs de bas étages. Faire du bisness, toujours et encore faire du bisness ! Et le cœur dans tout ça… Dorénavant totalement rassuré dans sa démarche, les aveux de ce maire aux abois amenèrent Aventura à conclure, sans qu’il puisse retenir un semblant de joie. Adieu maître ! J’ai été ravi de travailler avec votre concours.

etc........... 
 Livre en vente chez l'éditeur ''la société des écrivains''                                                                                                                                                                                

Publié à 11:38 , le lun 13 oct 2008, Flic en Flac
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